Cet article est la suite d'un article disponible ici. Je vous parlais, dans mes derniers articles, des nombreux avantages de tenir un carnet, qui pourra devenir un outil de progression, de développement personnel. La dernière fois, j'ai commencé par les aspects les plus simples, comme le carnet comme objet, comme l'acte physique d'écrire, ou encore comme le carnet pour garder un souvenir. Ces aspects sont très intéressants, mais ils ne font pas, pour moi, tout l'intérêt d'avoir un carnet. J'entends par là que si je voulais garder un souvenir par exemple, ce ne serait pas en le mettant à l'écrire, mais plutôt en en faisant une photo par exemple. Mais ce n'est qu'une façon de faire très personnelle, et je comprends tout à fait ceux qui écrivent dans un but d'autobiographique, ou ceux qui écrivent les fameux carnets de voyage, ça n'est juste pas mon truc.

Donc pour continuer sur les autres avantages d'un carnet, je voudrais parler tout d'abord de l'écriture comme entraînement.

  • Travailler sa rédaction : oui, j'en vois déjà certains sourire ou grimacer, vous vous remémorez avec nostalgie ou avec douleur les rédactions que vous deviez fournir à l'école primaire, et qui se finissaient en général en catastrophe la veille du rendu, parfois même dictées par papa/maman... non ? sauf que là le sujet n'est pas imposé, vous n'êtes pas forcément relu (selon ce que vous faites de votre carnet), et vous n'êtes normalement pas noté (enfin, tout ça dépend encore de ce que vous faites de votre carnet !). Donc oui, c'est un peu comme les rédactions d'antan, mais sans toute la pression qui va avec, normalement sur un sujet qui vous intéresse. Donc oui, s'efforcer d'écrire va vous aider à mieux rédiger. Pourquoi ? eh bien tout simplement parce que cela va vous forcer à étoffer votre vocabulaire, vos expressions et tournures de phrases. Alors au début, ça sera sûrement un peu gauche, mais avec le temps, vous aurez de moins en moins de difficulté. Les formulations et tournures fuseront naturellement dans votre tête pour retranscrire fidèlement vos idées. Et quel bonheur cela devient, à ce moment, d'écrire !
  • Travailler sa créativité : cela rejoint un peu le point précédent, mais en allant plus loin, sur les idées elles-mêmes et pas seulement sur la façon de les exprimer. Et écrire dès qu'on peut, c'est le meilleur conseil que l'on peut donner à un écrivain en devenir ! Bien entendu, pas besoin du carnet pour s'entraîner, mais son format qui se glisse dans un sac, voire une poche, permet de l'avoir toujours sur soi et d'en tirer beaucoup plus partie. Pour entraîner la créativité des écrivains, il existe des sites qui recensent des amorces ("prompts" en anglais) : un début de phrase ou d'histoire, une question, qui permettent de mettre le pied à l'étrier. J'ai testé des amorces spécifiques au journal personnel, donc pas de début d'histoire mais plutôt des questions très ouvertes, du type "que souhaiteriez-vous avoir réalisé avant vos 50 ans", ou "qu'est ce qui vous rend heureux dans la vie". Alors bien sûr, certaines amorces sont plus inspirantes que d'autres, selon les personnes. J'ai personnellement sauté les questions du type "quel est votre acteur préféré et pourquoi", et je me suis un peu forcée à en prendre d'autres peu inspirantes. Ce n'est pas tant le sujet de l'amorce qui est intéressant, puisque vous avez tout à fait le droit de dévier complètement, et cela m'est arrivé très souvent sur les amorces peu inspirantes. On revient naturellement aux sujets qui nous intéressent. Mais surtout, on n'y arrive que parce que le stylo a déjà commencé à courir sur le papier, donc c'est bien là l'utilité de l'amorce : commencer à écrire, peu importe si on finit sur le même sujet ou sur un autre.
  • Mettre des mots sur ce que l'on vit : je mets ça aussi dans l'entraînement. Pourquoi ? parce que plus on pratique l'écriture de ce qui nous passe par la tête, nous interpelle, nous obsède, plus il devient facile de l'identifier et de le comprendre. Peut-être que pour certains d'entre vous, c'est simple sans écrire, sans faire de psychanalyse, sans se pressurer le cerveau. Pour ma part, je me rends compte que mettre des mots sur ce que l'on ressent permet de vraiment comprendre ce que l'on ressent. Avez-vous vous aussi été obsédé par un symptôme, une douleur dans un endroit bizarre, qui vous a fait passer une bonne heure sur internet sur des forums comme Doctissimo et cie, juste pour pouvoir mettre un nom sur ce symptôme ? si oui, c'est pareil avec les émotions. Si non, alors vous n'êtes pas normal. Non je plaisante, c'est peut-être moi qui suis un peu hypocondriaque. Bref, on prend le temps d'analyser son ressenti, de le comprendre, de mettre une étiquette, et c'est alors beaucoup plus simple la prochaine fois. Ca aura son importance dans d'autres interactions avec votre carnet, plutôt de l'autre de l'analyse.

Écrire dans un carnet permet aussi de mettre de l'ordre dans ses pensées :

  • Ne plus tourner en boucle : je ne sais pas pour vous, mais moi, avant d'avoir un carnet, je ne mettais pas vraiment à plat mes émotions et mes pensées. Et comme j'avais une vie un peu chaotique, l'esprit toujours tourner vers le passé, vers les choses que j'aurais sûrement pu mieux faire, ou vers le futur, à se mettre la pression sur ce qui n'avait pas encore capoté, je n'avais clairement pas le temps de me poser. Du coup quand une pensée importante arrivait à se frayer un passage jusqu'à ma conscience, elle se faisait ballotter dans un sens puis dans l'autre, prise en sandwich entre le "mince je me souviens pas avoir fermé la porte à clé ce matin", et le "cette nana ne devrait vraiment pas s'habiller de cette façon"... Elle ne disparaissait jamais complètement bien sur, étant donné que c'était une pensée "importante", elle surnageait, disparaissait momentanément de la surface, happée par les vagues, puis ressurgissait comme une bouée. Quand elle n'est plus là, on s'en rappelle toujours, on a un truc qui nous chatouille dans un coin du cerveau, un truc qui nous dit qu'on devait faire ou penser à quelque chose, bref un truc qui nous bouffe de l'énergie quand même ! alors on se dit qu'on devrait quand même lui accorder un peu de temps à cette pensée importante, juste pour qu'elle nous lâche un peu la grappe en fait ! donc vous déroulez votre réflexion, consciencieusement, et là malheureusement, c'est votre arrêt de métro, donc standby, renavigation en pleine tempête, si vous avez de la chance c'était une correspondance et vous avez encore un peu de métro derrière pour y re-réfléchir, sinon ça sera pour le lendemain, surlendemain,  voire jamais. Donc si l'occasion se représente, je suis prête à parier que la réflexion que vous avez eu juste avant, tout est parti à la mer ! allez, rebelote, on recommence. D'où une fâcheuse tendance à tourner en boucle, assez insupportable. La solution : n'ayez pas de pensées importantes. Ou bien, mettez votre réflexion à plat dans un carnet ! C'est nettement plus facile de reprendre le fil de ce qui est écrit, même si, j'en conviens, ce n'est jamais aussi bien que de tout faire d'une traite !
  • Passer à autre chose : mettre à plat ce qu'on ressent, ce qu'on a dans la tête, ça permet de ne pas perdre le fil, et ça permet du coup de passer à autre chose. Je me base encore sur cette idée que ce qui n'est pas achevé traîne toujours quelque part dans un coin de votre cerveau, et que cela vous pompe de l'énergie. Vous avez certainement entendu parlé des "actes manqués", des "lapsus", qui sont des manifestations de choses conservées enfermées par l'inconscient. Certains de ces actes manqués peuvent être dus à des actions inachevées. Les mener à terme permet de se libérer l'esprit, et donc d'être plus disponible pour autre chose. Il y a vraiment une notion de délivrance derrière tout ça. Mais en allant plus loin également sur cette idée, mettre à plat permet aussi de créer des bases, sur lesquelles on peu commencer à construire quelque chose de nouveau. Vous avez du mal à avancer, quelque chose vous tire en arrière, impossible de penser et d'agir vers le futur ? Parfois, écrire dessus vous permet tout simplement d'accepter certaines choses, qui sont parfois douloureuses (émotionnellement, intellectuellement, que sais-je, chacun a ses propres douleurs). Une fois acceptée, même si la douleur est toujours là (elle s'en ira, ou non, mais selon un autre processus), il vous sera possible de faire un premier pas sur cette base solidifiée.
  • Se confesser, partager une émotion : je sais qu'écrire dans un carnet ne remplacera jamais une discussion avec quelqu'un de notre espèce. Mais pour certains, cela peut être difficile, à cause du sujet, ou peut-être à cause de la personnalité de la personne, d'une peur d'être jugé par exemple. Dans certains cas, écrire dans un carnet permet un réel soulagement, sans avoir le désagrément de supporter le regard d'autrui, sans avoir peur que son secret ne soit ébruité (mais là encore, attention à ce que vous faites de votre carnet !). Parler de son problème, mettre des mots dessus, ne plus tourner en boucle, tout ça nous l'avons vu ci-dessus, la finalité s'est de continuer à avancer, de ne pas tourner en boucle sur son mal-être.

Enfin, écrire dans un carnet, cela permet aussi d'analyser ce que l'on ressent, d'y réfléchir :

  • Construire une réflexion : là j'y vais à l'aveuglette, je ne parlerai que de mon cas, je suis incapable de savoir comment ça se passe dans la tête des autres... Lorsque je réfléchis à quelque chose, c'est un train d'émotions et de sensations qui passe dans ma tête, reliées entre elles par des liens de cause à effet. Ce ne sont pas des mots qui s'impriment dans le fond de ma boite crânienne. C'est le cas pour vous ? C'est peut-être le cas pour certains... Bref, lorsqu'on écrit son ressenti, on se force à regarder d'un point de vue différent. Seulement parce qu'on est obligé de construire des phrases, on doit de ce fait construire sa réflexion. Un exemple tout bête : j'ai faim, c'est une sensation, qui engendre une émotion, une légère anxiété "primitive" qui va me pousser vers le frigo. Si je devais transcrire cela dans mon carnet (je vous rassure je ne le fais pas, ça n'est qu'un exemple), je formulerais ma faim, et cela me fera indirectement réfléchir à cette faim. Est-ce une vrai faim ? une faim du ventre, ou une faim de la tête ? un vide affectif à combler ? tout ça se passe en une fraction de seconde. Mais si on se rend compte que ce n'est pas un faim du ventre, puisqu'on a mangé il y a une heure et qu'on a a priori pas de vers solitaire (oui, beurk, je sais), on se dit que c'est peut être un vide affectif, et au lieu d'aller vers le frigo on va creuser un peu ce vide, on va mettre des mots dessus, ou a défaut des interrogations qui appelleront des mots plus tard. Écrire, cela force à réfléchir. Après, vous me direz qu'il existe des styles d'écriture, comme l'écriture automatique, où on se vide juste le contenu de la tête sur une feuille de papier, en essayant de ne pas réfléchir et d'être le plus fidèle possible au contenu de son esprit sans l'influencer. C'est en effet un cas à part, et je parle bien ici de l'écriture AVEC réflexion.
  • Construire un plan d'actions : c'est ma partie favorite, celle où toutes les pièces s'assemblent pour former le puzzle du carnet comme outil ! Ce que je cherche quand j'écris dans mon carnet, c'est avancer. Identifier les obstacles certes, mettre des mots dessus, mais pour passer au-delà, pour avancer et progresser. Vous avez déjà vu, avec tous les paragraphes précédents, toutes les étapes précédentes pour arriver au moment ultime où on trouve un sens, une solution, un soulagement. Comment ? eh bien, je dirais que vous avez déjà fait tout le travail !! J'ai encore été bluffée dernièrement de la puissance de cet outil. On identifie le problème, et on trouve automatiquement une solution ou une voie de contournement. Le plus dur, en fait, c'est d'identifier correctement le problème, et tout le travail d'écriture sert à ça. Bon, bien entendu, tous les problèmes ne trouvent pas de solution, certains malheureusement sont irréversibles, comme la perte d'un proche. Mais le contournement, c'est tout simplement de continuer à vivre, une fois qu'on a fait son deuil, et écrire peut aider. Tous les problèmes ne trouvent pas de solution tout de suite. Il faut parfois écrire longtemps sur un sujet pour se rendre compte qu'on était à côté de la plaque, qu'on avait pris par le mauvais bout, etc. Identifier le problème est un premier soulagement, trouver l'action correctrice, qui est souvent plus simple qu'on le pense, est un deuxième soulagement.

J'espère vous avoir convaincu, avec ces trois articles sur les carnets, de leur intérêt. Je parle bien sur du carnet papier qui est le support qui me parle à moi, mais chacun son support, sur internet, sur son ordinateur, sur son smartphone... En fait, l'essentiel, c'est d'écrire, et de pouvoir le faire dès qu'on en ressent le besoin, de façon régulière aussi, et parfois quand on a une idée, avant qu'elle ne s'évanouisse, dans des milieux pas toujours propices pour dégainer un portable.. donc pour moi le carnet reste simple, efficace, économique, bref tout bon ! et en plus c'est un bel objet ;)

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