Je vous le disais dans mon précédent post, mon outil préféré du moment, c'est mon carnet. Je n'aime pas l'appeler journal personnel, et encore moins journal intime, c'est juste "mon carnet". Il me suit partout, je le dorlote, il a même droit à sa propre pochette à l'intérieur de mon sac-à-main-foutoir pour éviter de s'abimer, comme au début lors de sa rencontre avec une pomme au fond de mon sac (dommages minimes heureusement, juste un coin complet du carnet aromatisé et coloré à la pomme...).

Bien que je ne l'utilise que depuis quelques mois, le besoin d'écrire me tenaille depuis que je suis gamine. Cela m'a pourtant pris plus de deux décennies pour trouver comment satisfaire cette "tension", même si l'outil parait si simple et si accessible. Je pense que je vous en parlerai plus longuement dans un autre article.

Pour vous convaincre de son intérêt, je me suis amusée à en lister les bénéfices. Il s'agit bien entendu de ceux qui me concernent (ou me concernaient lorsque j'ai commencé à chercher à écrire, sous toutes les formes, sur tous supports). La liste n'est donc pas exhaustive, et si vous en avez d'autres en tête je suis preneuse de vos commentaires ! :)

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Tout d'abord, commençons par le plus "trivial", mon carnet est un objet de plaisir :

  • Mon carnet est beau : je mets un temps fou à parcourir les rayons des papeteries, à la recherche du bon format, du bon lignage, de la bonne épaisseur de papier, de la belle couverture qui fait écho au fond de moi. Oui, mon carnet est un objet hautement affectif. C'est un outil, et comme tout outil, il faut qu'il soit adapté à ma main, mais aussi à mon esprit. Il faut que j'éprouve du plaisir à le prendre, à l'ouvrir, à en tourner les pages. C'est un objet précieux.
  • Écrire à la main : je ne parle pas ici d'écrire pour s'exprimer par des mots, mais de l'acte d'écriture. Lorsque j'étais petite, j'aimais beaucoup les courts d'écriture, lorsqu'on formait des lettres sur des lignes et des lignes, puis des mots, puis des phrases. Ça me faisait penser au dessin, que j'aimais tout autant. Écrire est quelque chose de complexe, qui fait intervenir à la chaîne notre cerveau, nos nerfs, nos muscles, des outils, comme le stylo et le papier, puis nos yeux. En méditation pleine conscience, on apprend à voir la beauté de toute chose en la réalisant pleinement, en n'étant concentré que sur cette chose-là. On voit les mécanismes, on ressent les sensations, comme si on ne l'avait jamais vu ou ressenti avant. En remplissant les pages de mon carnet de mon écriture, il n'est pas rare que je me mette à ressentir l'écriture et non plus à transcrire par l'écrit mes pensées. Et c'est fort agréable. Sentir le stylo courir sur le papier lisse, sentir la maîtrise des mouvements du poignet et des doigts, comme s'ils étaient habités d'une volonté propre, et même sentir l'odeur de l'encre pour certains stylos. C'est tout simplement beau ! Et cela n'est possible que sur un carnet papier bien évidemment ! Certains préféreront des applications sur smartphones ou tablettes, pourquoi pas. Ils passent à côté de ces plaisirs, mais je suis persuadées qu'ils en trouveront d'autres dans l'électronique Hi-Tech.
  • Prendre le temps : il est vrai que dans mon petit rituel de la semaine, j'écris dans le train, ce qui n'est pas forcément le plus confortable. Le week-end par contre, surtout lorsque Chéri-Lapin est occupé, et que j'ai du temps pour moi, j'aime m'installer à la table du salon, avec une tasse de thé, et mon carnet. J'ai ma petite trousse ouverte devant moi, avec mes stylos plumes, je noircis mes pages, m'interrompant de temps en temps pour siroter mon thé qui refroidit, tout en observant les mésanges qui se houspillent sur les distributeurs de graines. Je prend mon temps, je prends du plaisir, comme je le disais plus haut, à caresser les pages et à voir l'encre sécher au fur et à mesure. Prendre du temps pour soi est essentiel, et je ne parle pas là de prendre le temps de regarder son émission favorite à la télé, ni de prendre le temps de faire la grasse matinée. Je parle de prendre le temps de se faire du bien, ce qu'on appelle parfois aujourd'hui la "slow attitude" de façon un peu bobo. Mais oui, prendre le temps, c'est génial, c'est déstressant, et c'est gratuit !

Tout aussi évident et simple que les points précédents, écrire permet de mettre sur un support quelque chose qui existera pendant la durée de vie de ce support. Il y a donc là deux fonctions essentielles : garder une trace, mais aussi faire cette trace, donc définir ses pensées :

  • Mettre par écrit : je ne sais pas pour vous, mais moi mon esprit carbure un peu à 200 à l'heure, toujours occupé, débordé, multi-tâche. C'est bien pour ça que je me réserve quelques créneaux de méditation de temps en temps, pour calmer un peu la bête. Le problème, c'est qu'en étant multi-tâche, j'ai l'impression de ne pas avoir les ressources disponibles pour aller au bout de mes réflexions. Je me fais en permanence des notes pour plus tard dans un coin de ma tête, en mode "penser à repenser à". J'analyse le plus urgent, pour prendre des actions, et je laisse le reste pour plus tard. Et c'est parfois fatigant, quand mon bureau mental est recouvert de ces petits post-its qui ne sont plus lisibles tellement ils sont nombreux, mais qui retiennent pourtant un peu de mon énergie pour ne pas disparaître. Et puis bien sur au final ils disparaissent, oubliés, parce que trop de nouvelles notes mentales sont arrivées entre temps. Bref, je n'ai pas l'impression d'avoir des analyses poussées sur tout, et bien sûr le but n'est pas de tout analyser en détails, mais certaines choses doivent l'être pour pouvoir avancer. Prendre le temps de mettre par écrit les éléments qui nous paraissent essentiels, c'est permettre à notre cerveau de pouvoir tirer les enseignements dont il a besoin, de supprimer les notes en attente sur le bureau mental, et de libérer une part, finalement non négligeable, de cette énergie immobilisée pour se rappeler de repenser à...
  • Tirer des enseignements : les enseignements que l'on tire lorsqu'on analyse notre vécu dépendant beaucoup de notre état d'esprit. Pour ma part, je sais que j'ai souvent tendance à dramatiser, à victimiser, à tout voir en noir. Du coup les enseignements que je tire sont parfois biaisés, cela devient du n'importe quoi du genre "si c'est comme ça, je ne le ferai plus jamais". Ah, qui n'a jamais tiré cette conclusion en son for intérieur ? Je ne dis pas qu'écrire dans un carnet permet automatiquement d'être plus objectif, je ne dis pas non plus qu'il faut forcément être objectif d'ailleurs ! :) Mais mes premiers écrits étaient souvent noirs, et les enseignements que j'en tirais n'avaient aucune valeur ajoutée. J'avais l'impression de tourner en rond, de passer mon temps à geindre par écrit, et même si ça peut soulager, à la longue c'était plutôt démoralisant. J'ai même arrêté plusieurs fois mon journal personnel à cause de ça. Et puis un jour, déclic : c'est tout bête, ça fait cucu à trop haute dose aussi, mais si on ne prenait que le meilleur de nos journées ? si on écrivait ce qui c'est bien passé aujourd'hui ? ce pour quoi on est reconnaissant ? ok, ça fait un peu new age, monde des bisounours, etc. J'ai assez rapidement tempéré, mais au moins cela a eu le mérite de me faire voir que tirer des enseignements n'était pas seulement voir ce qui n'avait pas marché.
  • Garder une trace : je date systématiquement tous mes écrits dans mes carnets. Je ne suis pas du genre à les relire. J'avais essayé autrefois, mais c'était justement à l'époque où je n'écrivais que sur mes peines et mes difficultés, et cela devenait déprimant de les relire. Aujourd'hui j'ai changé mon fusil d'épaule, j'écris "positif", mais je n'ai pas encore tenté de relire ce que j'avais pu écrire depuis quelques mois. Je n'écris pas vraiment pour garder une trace d'un souvenir, plaisant ou déplaisant. Mais pour garder une trace de mon cheminement. Je sens que ma vie évolue, que j'ai enfin réussi à mettre quelque chose en mouvement, et le meilleur moyen de le voir c'est de repartir voir comment on était à la même époque l'année dernière ou il y a deux ans. Relecture à venir donc !
  • Mémoriser : je me servais de mes premiers carnets comme notes de lecture, lorsque je dévorais des livres de développement personnel ou de psychologie sociale. Je notais les éléments clés, j'essayais de revenir dessus quelques fois par la suite. Mais j'avoue que j'ai assez rapidement abandonné. Comme je le disais, je ne suis pas du genre à relire mes écrits. Aujourd'hui lorsque je lis quelque chose d'interéssant, j'ai la tête beaucoup plus libre qu'avant, et je ressasse ça pendant quelques jours. J'écris à chaque fois les conclusions intéressantes auxquelles ma réflexion débouche, pour toujours garder mon esprit libre et ouvert, et je continue de "mâcher", d'amalgamer avec d'autres enseignements, de triturer. Je n'ai plus besoin de mémoriser, aujourd'hui je fais vivre ces apprentissages dans mon esprit, le temps d'en tirer leur substantifique moelle. Il n'est pas rare aujourd'hui que mon esprit fasse automatiquement un lien entre un évènement et une lecture passée, comme quoi finalement la mémorisation est plus efficace de cette manière !

Ah, ce sujet m'inspire vraiment ! je n'ai fait que la moitié de ma liste, et c'est pourtant déjà un article bien long ! Je vous propose donc de découvrir la suite au prochain épisode ! Mais promis, pas de page de publicité entre les deux ! ;)

A bientôt, et n'hésitez pas à me parler de votre usage de votre carnet en commentaire !